L'immunité: qu'est-ce que c'est?
Immunis en latin, signifie déchargé de fardeau, le fardeau étant un impôt ou l'astreinte à une loi puis, par extension, à la maladie. L'immunité est donc une forme de privilège (cf. immunité diplomatique).
Le principe de base du système immunitaire : il reconnaît ses propres constituants (le soi) qu'il tolère et rejette ce qu'il identifie comme les constituants étrangers (le non-soi). Quand ce principe n'est plus respecté et qu'à l'inverse, le système immunitaire agresse ses propres constituants (lymphocytes et auto-anticorps) sur le long terme, on peut parler de maladie auto-immune. Quelques bases de biologie pour commencer :
I Le génome humain : quelques notions
Le génome humain comporterait quelque 30000 gènes (à peine 13000 de plus que la drosophile ou mouche du vinaigre, et moins qu'un grain de riz avec ses 50000 gènes :). L'information portée par le génome d'un organisme, contenu dans chaque cellule sous forme d'acide désoxyribonucléique (ADN) constitue le génotype. L'ensemble des traits observables (caractères anatomiques, morphologiques, moléculaires, physiologiques, éthologiques) caractérisant un être vivant donné (ex : couleur des yeux, des cheveux, taille :) constitue le phénotype. Le phénotype est dépendant du génotype : génotype + environnement + variation aléatoire + phénotype. Les gènes, segments d'ADN contenant une information spécifique, sont portés par des structures appelées chromosomes. Sur chacune des 23 paires de chromosomes de l'homme, il existe des milliers de gènes. Chaque paire comporte un chromosome qui vient de la mère et un qui vient du père, et ces 2 paires de chromosomes (on parle de génome diploïde) se retrouvent sur toutes les cellules du corps, exception faite des globules rouges et des cellules sexuelles ou gamètes qui ne possèdent qu'un seul lot de chromosomes (cellules haploïdes). Un gène est récessif quand il ne produit son effet que s'il est présent sur les deux chromosomes hérités des parents (on le dit homozygote) ; il est au contraire dominant s'il manifeste son effet qu'il soit présent sur les deux chromosomes de la paire ou sur un seul (hétérozygote). On peut imager cette banque d'informations génétiques ainsi : le noyau de la cellule est une bibliothèque qui renferme tout le patrimoine héréditaire de l'individu, le chromosome un livre de cette bibliothèque et le gène une page de ce livre.
Le 12 février 2001, deux équipes de scientifiques ont annoncé qu'elles avaient séquencé 95% du génome humain soit les 3 milliards de caractères composant la longue molécule d'ADN qui constitue nos 23 paires de chromosomes. Pour la petite histoire, l'équipe de Craig venter (société privée) a utilisé les données du consortium de laboratoire public et des éléments de séquence qu'ils ont acquis par une stratégie de shotgun sequencing (méthode de séquençage aléatoire globale) pour assembler le génome humain. Devant ce constat, le consortium public a accéléré le pas et réussi a obtenir un génome humain en même temps. Les deux versions du génome humain ont été publiées, l'une par la revue américaine SCIENCE et l'autre par la revue britannique NATURE, la même semaine ! En 2001, il s'agissait du génome de plusieurs individus mis bout a bout mais en 2007-2008, deux individus ont été séquencés : Craig Venter et Jim Watson (découvreur de la structure de l'ADN). A ce jour, ce sont les seuls individus au monde à connaître l'intégralité de leur ADN ; pour les curieux, cet ADN est disponible dans la base de données GENBANK. La complexité de ces travaux titanesques nous conduit à quelques réflexions. Si le patrimoine génétique n'est pas simple, il n'est pas non plus « bon » ou « mauvais » dans l'absolu. En effet, des caractéristiques transmises pourront être un atout ou un désavantage en fonction du milieu de vie. Prenons l'exemple d'une maladie génétique héréditaire, la drépanocytose (du grec drepanos, faucille), appelée encore hémoglobinose S, sicklémie, anémie à cellules falciformes. Elle est caractérisée par l'altération de l'hémoglobine, la protéine assurant le transport de l'oxygène dans le sang, et de toutes petites hématies incapables de faire ce travail correctement, si bien que la mort intervient souvent dès l'enfance.
En France, cette maladie grave n'est pas rare, c'est la première maladie génétique, et chaque année 300 000 enfants africains naissent atteints de cette anomalie génétique. La drépanocytose dépend d'un gène récessif qui reste présent à une fréquence importante dans la population. Or, on a remarqué que les porteurs sains, qui n'ont qu'une des copies du gène atteint, sont protégés du paludisme, maladie parasitaire très répandue dans les zones sub-sahariennes (on évalue à un milliard la population impaludée, et la maladie cause entre un et trois millions de morts chaque année). Mais le plasmodium, un protozoaire, responsable du paludisme n'infeste jamais de façon massive un individu porteur de drépanocytose car il n'aime pas les hématies qui ont des anomalies, qu'il s'agisse de celles de la drépanocytose, de celles de la thalassémie ou d'une autre hémopathie. Cet « avantage » fait que la population porteuse du gène de la drépanocytose s'accroît davantage en Afrique sous la pression du paludisme (en Angola, 46% de la population est porteuse de la forme hétérozygote de la drépanocytose contre 8% aux États-Unis pour la population noire).
II Qu'est-ce que le système immunitaire ?
Notre système immunitaire est un appareil de défense complexe et hautement adaptable, qui résulte de 400 millions d'années d'évolution.
Normalement, le système immunitaire protège notre organisme contre les agressions diverses : infections, matières toxiques et cellules malignes.
Pour cela, il peut dispose de deux armes :
1/ L'immunité innée (ou encore naturelle, ou non-spécifique) est la réponse immédiate de l'organisme, le jeu des cellules phagocytaires (monocytes, polynucléaires), de certaines protéines du sang et des cellules NK (natural killers, tueuses naturelles : terme qui renvoie à leur capacité de tuer certaines cellules tumorales sans stimulation préalable). Elles savent reconnaître des structures moléculaires typiques d'un grand nombre d'agents pathogènes. En quelques heures, l'immunité innée permet le mécanisme de destruction de l'intrus, essentiellement par la phagocytose des micro-organismes indésirables.
2/ L'immunité adaptative (ou encore acquise, ou spécifique) est récente dans l'histoire de l'évolution ; c'est la caractéristique des vertébrés supérieurs. Elle n'est pas transmissible, reste le propre de chaque individu. Elle se met en place sur un temps variable, de 8 jours à quelques semaines. Elle n'existe que s'il y a eu une exposition à l'agent pathogène. Cette notion est très importante pour comprendre pourquoi certaines populations ne sont pas touchées par certaines maladies auto-immunes, n'étant pas en contact avec l'agent pathogène. L'immunité spécifique contribue au maintien de l'intégrité de chaque individu en éliminant les substances qui lui sont étrangères. Elle doit également épargner les tissus sains, donc tolérer les propres structures de l'individu : le soi. L'acquisition d'une tolérance du soi est le résultat de l'élimination ou de l'inactivation des lymphocytes T et B susceptibles d'interagir avec le soi (lymphocytes autoréactifs). L'apprentissage du soi et du non soi se déroule au cours de la vie foetale selon un double processus de sélection positive et négative des lymphocytes T et B.
Le système immunitaire a établi une sorte de pacte de non agression avec l'organisme qui l'abrite. Mais ce pacte ne tient plus face à certains facteurs d'agression suffisamment virulents, internes et/ou externes. C'est ce qui entraîne la maladie auto-immune. Dans ce cas, le système immunitaire développe une réponse immunitaire adaptative prolongée contre ses propres antigènes. C'est la résultante d'une équation mal connue de facteurs qui peuvent être génétiques (prédisposition de certains groupes génétiques à certaines maladies), environnementaux (agressions diverses, alimentation, mode de vie...) et physiologiques (âge, maladies autres entraînant une fragilisation spécifique...). La maladie auto-immune peut être systémique (tout le corps est concerné) ou cibler un organe (foie, yeux, intestin...).
En France, les maladies auto-immunes affecteraient 5 à 7 % de la population générale selon le CNRS. Elles représentent le 3e poste de prise en charge (budget de la santé), en raison de la lourdeur des traitements et de la durée de la prise en charge. Ces chiffres ne tiennent pas compte des très nombreux cas de maladies auto-immunes non diagnostiqués. 
A titre d'exemple, pour la seule maladie coeliaque aux symptômes polymorphes voire quasi absents, si bien que la maladie n'est qu'exceptionnellement diagnostiquée, les spécialistes utilisent le terme « d'iceberg coeliaque », expression créée par Richard Logan en 1991, pour figurer l'étendue de cette population non diagnostiquée en proportion des quelques malades identifiés.
Il est étonnant qu'avec un tel poids humain et économique, une véritable politique de santé axée sur la prévention de ces maladies, un dépistage systématique et une éducation à l'alimentation qui s'émancipe d'une caricaturale et monomaniaque chasse au gros, s'intéresse enfin intelligemment à la nutrition, soit inexistante.
Date de création : 25.01.2009Dernière modification : 07.10.2009
Commentaires des visiteurs
- Nom
- Date
- Commentaire
- dd
- juin 29, 2010
- gg


