Essais cliniques : ce qu'il faut savoir...
Néanmoins, cette plateforme rassurante (cf. 1ère partie d'"essais cliniques") offerte aux candidats éventuels ne doit pas faire oublier un certain nombre de travers:
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Si vous souhaitez participer aux essais cliniques et que vous avez une maladie grave à un stade très avancé, vous vous rendrez très vite compte que l'offre est inexistante. Les sommes investies dans les essais sont pharaoniques et ne laissent pas de place aux postulats trop complexes, pénalisant des taux de réussite qui doivent rester élevés pour offrir une image qui sied au marketing du médicament. Il n'y a pas de place pour l'altruisme dans cet univers. Paradoxalement, les cas très graves ne sont donc pratiquement jamais des malades susceptibles d'être recrutés.
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Malgré toutes les promesses de bonnes pratiques, un certain nombre de critiques circonstanciées sont là pour les démentir.
1/ Les essais cliniques se font de plus en plus à l'extérieur des pays riches pour les pays riches. On peut s'interroger sur les motivations de cette délocalisation dans les pays en voie de développement qui offrent des obstacles réglementaires moindres et une population partiellement misérable, qui n'a pas les moyens d'être regardante sur certains aspects douteux. Voir l'étude du 19/2/2009 parue dans The New England Journal of Medicine et qui évoque la mondialisation de ces essais cliniques : Ethical and Scientific Implications of the Globalization of Clinical Research[1]
« Une préoccupation majeure est le contrôle éthique de la recherche impliquant des sujets humains dans les pays en développement. De larges disparités dans l'éducation, le niveau économique et social, et les systèmes de santé peuvent compromettre les droits des participants à la recherche. Dans certains endroits, la compensation financière pour la participation à l'essai peut dépasser le salaire annuel des participants et la participation à un essai clinique peut être le seul accès aux soins pour des personnes dont la condition est l'objet de l'étude. Dans une étude, seulement 56% des 670 chercheurs interrogés dans les pays en développement ont indiqué que leurs travaux de recherche avaient été examinés par un comité d'examen des institutions locales ou du Ministère de la santé. Dans une autre étude, 90% des essais cliniques publiés, conduits en Chine en 2004 n'ont pas fait l'objet d'examen éthique du protocole et 18% seulement ont suffisamment informé de ce qu'était un consentement éclairé. »
L'écrasante majorité des médicaments qui bénéficient d'une AMM est vendue dans les pays développés et l'on peut s'interroger sur la pertinence de tester des molécules luttant contre la rhinite allergique ou les affections cardiovasculaires dans des pays où cela n'est pas un problème mais où l'on meurt de la tuberculose ou du sida bien qu'aucun essai clinique relatif n'y soit proposé. Pourtant la Déclaration d'Helsinki[2], exprimait l'espoir que tous les patients inscrits dans un essai clinique puissent, à la fin de l'étude, avoir accès à la meilleure thérapie révélée par cette dernière.
Les scandales se succèdent, comme celui-ci relaté dans le Monde diplomatique de juin 2005: "En août 2001, des dérives semblables ont conduit à l’ouverture d’une action judiciaire. Une trentaine de familles nigérianes ont saisi un tribunal new-yorkais afin de faire condamner le laboratoire américain Pfizer pour le test du Trovan ®, un antibiotique destiné à lutter contre la méningite. Au cours de cette étude, pratiquée en 1996 pendant une épidémie de méningite, onze enfants sur deux cents avaient trouvé la mort et plusieurs autres avaient gardé de graves séquelles cérébrales ou motrices."
2/ Les pratiques qui garantissent la validation d'une étude clinique par la communauté scientifique selon des standards rigoureux sont aujourd'hui soumises à un impératif commercial incompatible avec la transparence et l'indépendance attendues.
Une étude du 25 septembre 2007, « Ghost Management: How Much of the Medical Literature Is Shaped Behind the Scenes by the Pharmaceutical Industry? »[3] évoque ces auteurs fantômes (« ghost writers ») et toutes ces pratiques illégitimes voire illicites. Comment le nom d'universitaires qui n'ont joué qu'un très petit rôle dans une étude vient parapher un article écrit par ou pour le compte de sociétés pharmaceutiques, comment des sociétés sous contrat analysent les données en interne, rédigent les compte-rendu, demandent aux universitaires de devenir les auteurs de ces résultats pré-écrits et payent des sociétés de communication pour que tout cela soit publié dans les meilleures revues. Ces articles orientent les conclusions de la littérature médicale et influencent les prescriptions des médecins. Un exemple édifiant est rapporté par les auteurs de cette étude.
Un article du New-York Times du 22/08/2007[4] évoque cet article paru dans les Annals of Internal Medicine, un organe réputé de la presse médicale, sur les avantages du Vioxx, un analgésique indiqué dans l’arthrose et la polyarthrite rhumatoïde, des laboratoires Merck. L'article omettait de mentionner le décès de certains participants. Prenant ses distances avec l'article des Annales, l'auteur « honoraire », Jeffrey Lisse, a déclaré dans une interview : "Merck a conçu l'étude, payé pour l'étude, organisé l'étude ... Merck m'a sollicité après que l'étude a été achevée en disant:" Nous voulons votre aide pour le papier ". L'article a été écrit par Merck, et m'a été envoyé pour l'édition ». Une femme de 73 ans est décédée d'une crise cardiaque à la 12e semaine des essais cliniques et huit personnes prenant du Vioxx, pendant cette même phase d'essais ont subi une crise cardiaque ou une mort subite d'origine cardiaque pour trois d'entre elles, contre seulement une prenant du naproxène, le médicament témoin, selon les données publiées par la FDA. La différence était statistiquement significative mais Merck n'a jamais divulgué ces données. Pourtant, l'étude VIGOR de mars 2000 faisait état d'un risque vasculaire augmenté, si bien que la notice avait dû être révisée. Dès août 2001, le journal de l’Association médicale américaine (Jama) exprimait aussi des doutes sérieux et signalait l’existence de plus de 200 dossiers de pharmacovigilance impliquant le Vioxx dans des accidents cardiaques ou vasculaires. Le médicament a finalement été retiré des ventes en 2004, ayant tout de même eu le temps de faire des dégâts depuis sa mise sur le marché américain en 1999 et européen en 2000. Ce médicament phare, un "blockbuster" (produit vedette), représentait 10% du chiffre d'affaires de Merck...
Dans « Ghost Authorship in Industry-Initiated Randomised Trials", une étude publiée le 16/01/2007,
La comparaison des protocoles et des publications correspondantes pour des essais cliniques approuvés par les comités éthiques de Copenhague et de Frederiksberg en 1994-1995 a révélé des auteurs fantômes pour 75% de ces publications (95%, avec un intervalle de confiance de 60%-87%)
Des sociétés de statistiques, créateurs de modèles et protocoles d'essais ou rédacteurs d'articles étaient des contributeurs inconnus. 172 études sur 274 n'avaient même jamais commencé, été complétées ou publiées.[5]
3/ Deux tiers des essais cliniques (de la phase 1 à la phase 4) sont conduits par des organisations de recherche, sous contrat avec les industriels. « Ces CRO (Contract Research Organisations) conçoivent les protocoles de recherche clinique, élaborent la méthodologie, disposent de statisticiens pour interpréter les données recueillies auprès des malades et finalisent les rapports destinés aux agences du médicament. Recherche scientifique et marketing sont donc en liens très étroits dans la production d'enquêtes observationnelles et épidémiologiques. »[6]
Selon Miriam Schuchman[7], ces CRO représentent plus de 1.000 entreprises, un chiffre d'affaires de 17,8 milliards de dollars, 70% des crédits de recherche clinique, 640.000 sujets enrôlés dans les essais cliniques de phases 1, 2 et 3.
On peut se demander quelle garantie scientifique offre ce type de pratique, quelle garantie médicale aussi pour les participants aux études, si l'on en croit la tristement célèbre affiare du Vioxx, les risques humains pèsent moins lourd que certains marchés.
Les intérêts privés sont incompatibles avec l'approche strictement scientifique que requiert la médecine. On ne peut être juge et partie.
Un autre exemple tragique : « Une étude clinique en mars 2006 sur le TGN1412 en phase I, censé guérir "la leucémie, la polyarthrite rhumatoïde ou la sclérose en plaques", a engendré un accident quelques minutes après en provoquant un syndrome de défaillance multiviscérale chez six volontaires. Le médicament avait auparavant été testé sans problème sur des macaques mais le rapport d'enquête a établi que si des tests in vitro avaient été pratiqués auparavant, on aurait pu observer que le corps humain ne réagit pas comme celui des singes. La société TeGenero qui avait élaboré le médicament a mis la clef sous la porte. »[8]
En conclusion, comme pour la santé nutritionnelle, le droit, l'information, il n'est pas possible de faire aveuglément confiance à des structures qui se réclament d'une morale que la réalité marchande oblitère. Là encore, si vous souhaitez participer à un essai clinique, prenez toutes les informations possibles sur les organisateurs de celui-ci, l'étendue des tests préalables (résultats des tests in vitro?), vos possibles gains thérapeutiques ou risques en rapport avec votre état de santé.
Seule votre approche éclairée vous permettra de répondre à la question: le jeu en vaut-il la chandelle ?
[1] Volume 360:816-823, February 19, 2009, Number 8, Ethical and Scientific Implications of the Globalization of Clinical Research,
Seth W. Glickman, M.D., M.B.A., John G. McHutchison, M.D., Eric D. Peterson, M.D., M.P.H., Charles B. Cairns, M.D., Robert A. Harrington, M.D., Robert M. Califf, M.D., and Kevin A. Schulman, M.D. .
[2] Déclaration d'Helsinki de l'Association Médicale Mondiale in extenso.
[3] Sismondo S (2007) Ghost Management: How Much of the Medical Literature Is Shaped Behind the Scenes by the Pharmaceutical Industry? PLoS Med 4(9): e286. doi:10.1371/journal.pmed.0040286,
[4] Article du New-York Times ici.
[5]Gøtzsche PC, Hróbjartsson A, Johansen HK, Haahr MT, Altman DG, et al. (2007) Ghost authorship in industry-initiated randomised trials. PLoS Med 4: e19.
[6] Site du Dr Béraud; article sur la machandisation des essais cliniques et des publications médicales.
[7] Commercializing Clinical Trials - Risks and Benefits of the CRO Boom
Miriam Shuchman, M.D. ,The New England Journal of Medicine, Volume 357:1365-1368, 4octobre 2007, numéro 14.
[8] Article de wikipedia, « essais cliniques médiatiques ».
Article scientifique source de l'article de wikipedia.
Date de création : 10.05.2009
Dernière modification : 07.10.2009
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