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La maladie cœliaque : comment la suspecter et la dépister?

Partie 1: Définition et symptômes

 

Maladie coeliaque ou céliaque[1], entéropathie sensible au gluten, sprue céliaque, sprue non tropicale ou encore intolérance au gluten : tous ces noms renvoient à la même pathologie, une maladie auto-immune causée par une réponse inflammatoire chronique consécutive à l'ingestion de gluten.

Dans « immunologie : première approche», vous avez vu que certaines maladies auto-immunes Villosités normales de l'intestin, bien développées: elles jouent un rôle dans l'immunité en plus de leur fonction d'absorption.attaquent un organe particulier, même si les problèmes de santé peuvent toucher le reste du corps, d'autres non.

La cible de l'antigène[2] alimentaire responsable de cette maladie, la gliadine (c.-à-d. certaines protéines du gluten), est l'intestin grêle.

Chez des sujets génétiquement prédisposés, la réponse inflammatoire à l'agression du gluten est telle que les villosités de l'intestin grêle, ces petits replis au niveau desquels se fait l'absorption des nutriments, sont totalement détruites. Il y a cinq stades de la maladie selon l'état d'inflammation de l'intestin et l'avancement de destruction de ces villosités.

Le stade de la maladie n'est pas en rapport avec le ressenti du malade. Nous verrons plus loin que cette maladie, alors même que le patient est au stade final de destruction totale des villosités, dans un état inflammatoire précancéreux, peut passer inaperçue.

C'est à cause de la destruction partielle, puis totale à un stade avancé, de ces villosités que l'on considère la maladie coeliaque comme un syndrome de malabsorption : celui qui en est atteint peut bien manger des quantités phénoménales de nourriture, les nutriments, les vitamines, tout ce qui est essentiel au bon fonctionnement du corps ne peut plus être absorbé. Attention, cela ne signifie pas du tout que l'on est obligatoirement très mince ou maigre si l'on est coeliaque. Il y a en effet une présentation « classique » de la maladie : amaigrissement, diarrhée (plus de 3 selles par jour, pas forcément « molles » selon le vocabulaire médical), fatigue intense, douleurs abdominales qui ne représente que 10 à 20 % des cas. Pour preuve, selon une étude de 2006 conduite par le Dr. William Dickey[3], plus de 39% des patients sont en surpoids au moment du diagnostic et 30% sont obèses.

Alors, puisqu'on ne maigrit pas forcément, même si l'on n'assimile plus correctement, que se passe-t-il, me direz-vous ?

Comment se manifeste cette dégradation?

C'est là où cela se complique, et c'est ce qui explique que, sans informations précise sur les données récentes de la maladie coeliaque, même un médecin peut passer à côté. Tous les symptômes et états qui suivent peuvent être, seuls ou non, révélateurs d'une coeliaquie.

Jugez un peu :

 

Les différentes affections et maladies imputées au gluten

Cette liste n'est pas complète, elle serait trop longue. J'ai choisi de n'y inclure que ce qui peut être prouvé par des études scientifiques. En bas de page, vous trouverez les références de certaines parmi les plus récentes[5].

 

 

Il existe d'autres causes d'atrophie villositaire : entéropathie auto-immune, sprue tropicale[6], maladie des chaînes alpha, déficits immunitaires, causes inflammatoires et infectieuses, radiothérapie abdominale... mais elles sont exceptionnelles en Europe où la maladie coeliaque est la cause plus courante.

 

 

A la grande diversité de symptômes d'intensité très variable, s'ajoute la difficulté de diagnostiquer les 80 % des céliaques qui sont asymptomatiques (sans symptômes) ou pauci-symptomatiques, c'est-à-dire avec peu de symptômes ou des symptômes atypiques[7].

 

  La prévalence des malades coeliaques

Le délai moyen d'un diagnostic à partir d'une situation qui amène à consulter, quels que soient les troubles, pour les 3 à 5 % de malades qui ont eu la chance d'être diagnostiqués, est de 5 à 10 ans en France.

Une étude canadienne de 2007 donne un délai moyen de 11,7 ans[8].

Une autre étude encore, de 2007 également, fait état d'un délai moyen de 4,9 à 10 ans.[9]


En outre, il est difficile de connaître le début de la maladie dans ces formes frustes puisqu'on peut très bien consulter une première fois pour l'un de symptômes de la liste ci-dessus alors même que la maladie est à un stade avancé.

Il faut appeler un chat un chat, et ne pas minimiser une réalité connue des spécialistes: si le diagnostic n'est pas posé, et que le patient continue de manger du gluten, l'évolution de la malabsorption se fait vers des carences de plus en plus importantes, les complications qui leur sont liées et la mort. L'état inflammatoire aigu, lié à la réponse immunitaire qui s'est emballée, peut générer des cancers, des lymphomes notamment, et entraîner une issue fatale, sans même que la maladie céliaque ait jamais été diagnostiquée.

La bonne nouvelle, c'est qu'il s'agit de la seule maladie auto-immune qui se guérit avec un simple régime alimentaire, sans prise de médicaments et sans traitement lourd. Il suffit de supprimer le gluten de son alimentation pour que les villosités de l'intestin repoussent et que l'absorption se fasse normalement. Cela peut prendre un à deux ans, voire plus. Mais les problèmes qui ont conduit à consulter, qu'il s'agisse de douleurs digestives ou d'une fatigue intense s'améliorent très vite. La réponse clinique (mieux-être) précède la correction des anomalies histologiques (repousse de villosités) et biologiques (suppression des marqueurs de la maladie dans le sang). J'utilise sciemment le vocabulaire médical, auquel ceux qui se feront dépister pourront être confrontés, quitte à donner l'équivalent en langage courant ou à en donner l'étymologie.

La mauvaise nouvelle, du moins dans un premier temps, est que ce régime sans gluten doit être poursuivi à vie. Dès qu'un intolérant au gluten absorbe une quantité infime de gluten, la mécanique immunitaire se réenclenche, l'inflammation fait son travail et l'atrophie villositaire pointe son nez, avec les complications en toile de fond.

Le régime sans gluten a cependant ceci d'intéressant qu'il impose de manger des aliments de bien meilleure qualité puisque le gluten est abusivement utilisé dans l'agro-alimentaire bas de gamme. Voir « le régime sans gluten ». Le choc du diagnostic est donc un mauvais moment à passer, le malade s'aperçoit très vite qu'il mange beaucoup mieux, des produits de qualité, de meilleur goût, et que sa santé s'améliore rapidement. Le point noir reste le coût, ce qui explique que 50% des malades suivent imparfaitement le régime, ce qui a des effets dramatiques.

 


[1] Empr. au lat. class. cœliacus « qui appartient à l'intestin, aux viscères », du gr. Κολιακός.

[2] Un antigène est une substance étrangère à l'organisme qui peut déclencher une réponse immunitaire visant à l'éliminer. La plupart des antigènes sont des protéines ou des peptides (fragments de protéines) reconnus de manière spécifique par des anticorps et également par certains globules blancs, les lymphocytes T8.

[3] Am J Gastroenterol. 2006;101(10):2356-2359, Surplus de poids chez les cœliaques : prévalence, caractéristiques cliniques et effets de la diète sans gluten.

[4] « Certains laitages » parce que le taux de lactose est variable, dans le beurre par exemple, il est proche de 0. Il existe aussi une intolérance aux protéines du lait, c'est autre chose.

[5] Hopper AD, Hadjivassiliou M, Butt S, Sanders DS. Adult coeliac disease. BMJ 2007;335:558-62.

Green PH, Cellier C. Celiac disease. N Engl J Med 2007;357:1731-43

Catassi C, Kryszak D, Louis-Jacques O, et al. Detecsion of celiac disease in primary care : A multicenter case-finding study in North America. Am J Gastroenterol 2007;102:1454-60

[6] Explication très claire et complète de 2008 ici : http://www.ifmt.auf.org/IMG/pdf/Sprue_tropicale.pdf

 

[7] The many faces of celiac disease : clinical presentation of Celiac disease in adult population, Green Ph., Gastroenterology, 2005 ; 128 (suppl.1) : S74-8.

[8] Dig Dis Sci. 2007 Feb 22;Étude Canadienne sur la Santé des Cœliaques.The Canadian Celiac Health Survey,Cranney A, Zarkadas M, Graham ID, Butzner JD, Rashid M, Warren R, Molloy M, Case S, Burrows V, Switzer C.,Département de médecine, Institut de Recherches sur la Santé d'Ottawa, Université d'Ottawa, Ontario, Université Queen, Kingston, Ontario, Canada.

[9] Hopper AD, Cross SS, Hurlstone DP, et al. Pre-endoscopy serological testing for coeliac disease : Evaluation of a clinical decision tool. BMJ 2007;334:729. 10 Green PH, Cellier C. Celiac disease. N Engl J Med 2007;357:1731-43.

Date de cration : 16.02.2009
Dernire modification : 14.10.2009

Commentaires des visiteurs

  • Nom
  • Date
  • Commentaire
  • soumia
  • September 05, 2010
  • 5 septembre 2010 merci

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