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Risque de mortalité accru pour la maladie cœliaque latente  

 

Le JAMA[1] rend compte ce 16 septembre de la plus grande étude[2] de mortalité jamais réalisée dans la maladie cœliaque. L'étude a été rédigée par le Dr. Jonas F. Ludvigsson et ses pairs du département de pédiatrie du centre hospitalier universitaire d'Örebro en Suède et financée par plusieurs institutions, le Karolinska Institutet, le Clas Groschinsky, la Fondation Juhlin, la Fondation Majblomman, la fondation Sven Jerring, ainsi que l'hôpital universitaire d'Örebro, la Société suédoise de médecine, le Centre de recherche suédois, le Centre de recherche régional d'Uppsala- Örebro et la société suédoise de la maladie cœliaque . Aucun conflit d'intérêts financiers n'a été signalé.

 

28 services de pathologie en Suède ont fourni aux auteurs de cette étude rétrospective de cohorte[3] qui a eu lieu entre octobre 2006 et février 2008, les données de biopsies de 287586 individus exécutées entre juillet 1969 et février 2008. Parmi ces derniers, ont été retenus 46121 patients, suivis sur une durée médiane[4] de 7 à 9 ans : 29096 individus présentant une atrophie totale de leurs villosités intestinales (confirmée par biopsies duodénales ou jéjunales), 13306 individus souffrant d'une inflammation sans atrophie villositaire (stades 1 et 2 du classement Marsch[5]) et 3719 personnes avec la maladie cœliaque latente. 244992 patients avaient une biopsie normale (quelques biopsies positives ont été écartées de l'étude pour éviter tout risque de mauvaise interprétation).

Remarquons au passage que le total des céliaques effectifs ou latents dépasse très largement les 1% de cœliaque aujourd'hui scientifiquement admis comme base de l'"iceberg coeliaque" (cf. "la maladie coeliaque") d'une population occidentale. Sur cet échantillon de population suédoise, en effet, on obtient plus de 16% de personnes « sensibles au gluten » à divers titres. Vous allez très vite comprendre en quoi cette révision des chiffres à la hausse a son importance.

Cette étude est également la plus grande étude de mortalité chez les enfants cœliaques, avec le suivi statistique de presque 12000 individus qui ont été diagnostiqués dans l'enfance.   Les données concernant la recherche d'auto-anticorps spécifiques de la maladie cœliaque, permettant d'identifier des cœliaques sans troubles digestifs, ou avec maladie latente, ont été obtenues auprès de laboratoires de biochimie de 8 centres hospitaliers universitaires.

C'est la première étude qui s'intéresse à la mortalité de patients chez qui une inflammation du duodénum ou du jéjunum a été diagnostiquée sans atrophie villositaire. Rappelons que le diagnostic de la maladie cœliaque ou intolérance au gluten repose sur deux critères exclusifs, en Suède comme en France, et comme dans la plupart des pays qui dépistent un tant soit peu cette maladie : le « gold standard » de dépistage de la maladie cœliaque, exigé par la Sécurité Sociale en France, impose d'abord un test sanguin avec la recherche d'auto-anticorps spécifiques[6] puis une biopsie intestinale confirmant la maladie. Quantité d'exemples d'affections liées à l'ingestion de gluten régressant sous régime sans gluten sont empiriquement rapportées sur les forums de malades souffrant d'un dysfonctionnement immunitaire autre ou encore par les parents d'enfants autistes. En effet, d'autres patients que les cœliaques semblent réagir positivement à la suppression de gluten. [7] Des études scientifiques comme celle-ci ont pourtant établi le rôle pathogène du gluten, avec ses chaînes de peptides indigestes au sens propre, qui passent la barrière intestinale et provoque quantité de dégâts dans l'organisme.[8]

Revenons aux résultats de cette étude qui sont une révélation.

Contre toute attente, le risque de mortalité n'est pas proportionnel à la gravité de l'atrophie villositaire. Certes, une mortalité accrue est observée chez les cœliaques, même si elle décroît au-delà de la première année du régime sans gluten. Mais l'étude révèle une surmortalité relative des individus « sensibles au gluten », qui ont donc une forme mineure de l'intolérance au gluten.

Un éditorial du même numéro de JAMA mentionne que les patients avec la maladie cœliaque latente - des anticorps positif mais une biopsie normale - ont parfois reçu un diagnostic de «sensibilité au gluten » (en France, c'est hélas inimaginable en l'état actuel de la prise en compte de ce problème de santé publique!).

L'étude met en évidence que le risque de mortalité a augmenté de:

 

Pour estimer le taux de mortalité, les chercheurs ont comparé les données du patient aux dossiers du registre suédois de la population totale. Il ya eu 3049 décès parmi les patients atteints de maladie cœliaque, 2967 décès pour les personnes à l'inflammation, et 183 décès pour les patients atteints de la maladie cœliaque latente. Le risque absolu reste toutefois modéré avec un excès de mortalité de 2,9 décès pour 1000 personnes par année pour la maladie cœliaque et de respectivement 10,8 et 1,7 décès pour 1000 personnes par année pour l'inflammation et la maladie cœliaque latente. Il est également réduit chez les enfants.

Les personnes avec des degrés moins sévères de la maladie cœliaque ont donc davantage de risque de mourir que les autres. Cela est indissociable du fait que ces patients continuent de manger du gluten ; ce résultat est une pièce supplémentaire au puzzle qui confirme, jour après jour, la toxicité insidieuse et certaine du gluten qui pourtant pollue notre environnement alimentaire ...et nous détruit en toute liberté. Pour sa part, l'auteur principal de l'étude, Jonas Ludvigsson de l'Hôpital de l'Université Örebro, a remarqué qu'il y a persistance de lésions même chez les patients qui suivent le régime sans gluten. A fortiori, le gluten qui maintient l'inflammation et la malabsorption chez ceux qui continuent de le consommer, au vu de la relative modération de leurs symptômes, peut expliquer ce pronostic vital pire que chez les céliaques : «La malnutrition, la malabsorption des vitamines et les inflammations chroniques augmentent le risque de décès », écrit-il. Le Dr. Peter Green de la Columbia University de New York confirme dans un document d'accompagnement publié dans le JAMA que la «sensibilité au gluten a reçu bien peu d'attention dans la littérature médicale traditionnelle, bien qu'il y ait des preuves de plus en plus nombreuses de sa présence chez les patients atteints de divers troubles neurologiques et psychiatriques. » Il conclut que les travaux du Dr Ludvigsson et de ses collègues « renforcent l'importance de la maladie cœliaque, ... et suggèrent également qu'une plus grande attention devrait être accordée aux formes apparemment moins graves de la maladie comme l'inflammation intestinale et la sensibilité au gluten. » Or, les résultats indiquent que la suppression du gluten serait une mesure bénéfique pour ces patients, leur permettant de récupérer et de normaliser l'intestin grêle, et dans les cas où la maladie cœliaque n'a pas encore été diagnostiquée, un régime sans gluten pourrait prévenir l'apparition de l'atrophie villositaire totale.

La sensibilité aux anticorps anti-transglutaminase a été jugée insuffisante par les chercheurs qui estiment qu'elle est «élevée dans l'atrophie villositaire totale mais diminue d'environ 70% dans l'atrophie villositaire partielle, et encore beaucoup plus basse dans l'inflammation ». Ceci remet en cause la prééminence de ce test sérologique tTg en France.

Cette étude bouscule de nombreuses certitudes en confirmant que :

De ce fait, ils ne sont pas suffisants pour permettre d'éviter les conséquences d'une alimentation avec gluten à tous ceux qui en tireraient bénéfice, leur évitant des complications désastreuses ou la mort.

Il est temps, en France, de proposer un dépistage de la maladie à plus grande échelle, avec un plus large spectre aussi, lequel n'exclurait plus les « sensibilités au gluten », d'informer tous les professionnels de santé, les professionnels de la table, les professionnels de l'agro-alimentaire des dégâts causés par le gluten et de légiférer pour le limiter au maximum dans l'alimentation courante. Les céréales de remplacement existent, souvent bien plus digestes et savoureuses que la famille des céréales à gluten. Pourquoi est-ce si compliqué d'imposer leur préférence ?

Quand sera-t-il enfin interdit de vendre à des consommateurs sous-informés et non-dépistés des baguettes ou pizzas enrichies en gluten, des charcuterie et fromages avec dérivés de blé et autres desserts ou sauces pleines d'épaississants avec gluten?

 


[1] JAMA: the Journal of the American Medical Association. [2] Histopathologie de l'intestin grêle et risque de mortalité dans la maladie cœliaque Jonas F. Ludvigsson, DM, PhD ; Scott M. Montgomery, PhD ; Anders Ekbom, DM, PhD ; Lena Brandt, BSC ; Fredrik Granath, PhD - JAMA. 2009 ; 302 (11) : 1171-1178 [3] Qu'est-ce qu'une « étude de cohorte » ? Elle se définit ainsi (cf. bibliothèque de la faculté de médecine de Liège): - sélection des sujets réalisée en fonction de l'exposition et non pas de l'issue - étude d'observation, le plus souvent prospective, dans laquelle un groupe de sujets exposés (à des facteurs de risque d'une maladie ou à un traitement particulier) est suivi pendant une période déterminée et comparé à un groupe contrôle non exposé - étude éventuellement rétrospective réalisée sur base des dossiers médicaux, par exemple, pour évaluer les risques auxquels les sujets ont été exposés antérieurement - pas de répartition au hasard des individus - suivi jusqu'à l'apparition de l'issue recherchée - pas d'intervention extérieure pour l'exposition à des facteurs de risque: les sujets qui fument le font d'eux-mêmes (étude conforme à l'éthique). « Le principe d'une étude de cohorte consiste à suivre dans le temps une population définie (la cohorte), et à enregistrer les pathologies survenant dans cette population. L'étude de cohorte représente le type de protocole épidémiologique le plus proche de celui de l'approche expérimentale. Cette séquence temporelle de la cause vers l'effet fait que l'on parle aussi d'enquête prospective ou longitudinale. Son rôle est de déterminer les facteurs de risque associés à la survenue d'une pathologie et de quantifier ces associations. Avec l'étude cas-témoins, elle est à classer parmi les études épidémiologiques dites analytiques, c'est-à-dire qu'on leur reconnaît la capacité à vérifier une relation de causalité entre un facteur d'exposition et une pathologie. » Cf. Les enquêtes de cohorte : quand, comment ? Sang Thrombose Vaisseaux. Volume 10, Numéro 3, 175-82, Mars 1998, Note méthodologie, Dominique Laurier, Université de Nantes.  [4] Rappelons que la médiane n'est pas la moyenne : c'est la limite « centrale » qui partage un tout en deux parties égales. [5] Voir « la maladie cœliaque » avec notamment le schéma explicatif des stades de cette atrophie   [6] Voir « la maladie cœliaque » dans « immunologie » où vous trouverez toutes les explications.  [7] A titre d'exemple seulement car il y en a beaucoup (NDLR : le régime Seignalet dont il est parfois question est sans gluten): ici sur le Fibro Forum, site fort dynamique sur la fibromyalgie et ici  http://spondylarthrite-alimentation.info/doku.php/temoignages?DokuWiki=18a98c38f70adff428d6d6d7e7d91b55 Des études concernant des troubles auto-immuns régressant sous régime sans gluten existent également. Toujours à titre d'exemple : celle-ci   [8] Voir la partie « le gluten ». Date de création : 22.09.2009
Dernière modification : 07.10.2009

Commentaires des visiteurs

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  • romain
  • juin 26, 2010
  • j'ai mangé du gluten alors que je ne peux pas que va t-il se passer

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