Une étude américaine confirme l'augmentation spectaculaire de la maladie coeliaque

Publiée en avril 2009, une étude[1] conduite par le Dr Joseph A. Murray, gastroentérologue spécialiste de la maladie coeliaque, de la Division of Gastroenterology and Hepatology de la Mayo Clinic, à Rochester, dans le Minnesota (U.S.A.) a confirmé l'augmentation radicale de la prévalence de la maladie coeliaque aux États-Unis.
Un rapport du 1 juillet 2009 dans le Journal of Gastroenterology (AGA) fait référence à cette étude révélatrice de la Mayo Clinic.
Le sérum de 9133 jeunes adultes "en bonne santé" de l'US Air Force, basés à Warren dans le Wyoming et celui de 12.768 personnes d'Olmsted County, dans le Minnesota, même âge au moment de l'étude, a été testé pour savoir s'ils souffraient d'une maladie coeliaque ou intolérance au gluten. Dans la prise de sang réfrigérée effectuée entre 1948 et 1954, on a recherché les anticorps anti-transglutaminase et anti-endomysium, marqueurs permettant le diagnostic d'une maladie cœliaque[2]. Le test ne pouvant guère se faire avant les années 1990, et la maladie étant particulièrement pernicieuse et méconnue, ces personnes ont donc vécu jusqu'alors sans être diagnostiquée.
Les participants ont donc été jumelés « à travers le temps », selon l'expression du Dr Murray, avec de jeunes adultes du même âge. Sur 9133 personnes de la cohorte initiale, on a trouvé 0,2% de cœliaques, soit 14 personnes. Une mortalité plus élevée, toutes causes confondues, que chez les non-MC[3] a été remarquée : il y a eu quatre fois plus de décès au cours de ces 45 années pour ces cœliaques non-diagnostiqués..
Dans la cohorte du Minnesota, il y a eu 0,9% de cœliaques diagnostiqués, soit 68 personnes du même âge au moment du prélèvement que les participants de Warren.
La prévalence de la population coeliaque non diagnostiquée semble avoir augmenté de façon spectaculaire aux États-Unis au cours des 50 dernières années. Le résultat de l'étude montre en effet une prévalence près de 5 fois supérieure et suggère que les jeunes adultes ont aujourd'hui une fragilité encore plus élevée face au gluten.
«Quelque chose a changé dans notre environnement pour rendre cette maladie beaucoup plus courante», affirme le Dr Murray[4].
Rappelons que la maladie coeliaque est causée par une intolérance au gluten, un groupe de protéines présentes dans les céréales suivantes : le blé, l'orge, le triticale, le seigle, l'avoine. Les conséquences de cette intolérance peuvent être gravissimes puisque l'intestin grêle endommagé et enflammé ne peut plus absorber les nutriments et minéraux nécessaires à la santé. Les complications sont variées et souvent interprétées comme le signe d'une autre maladie par les médecins, ce qui exclut pour le patient le « bon » diagnostic et la diète sans gluten qui le suit, seule possibilité de permettre à l'intestin grêle de se régénérer comme aux complications premières de régresser.
Cette maladie auto-immune mal connue des médecins est complexe et multiforme : plus de 250 symptômes[5] ont été avancés. Parfois les signes sont minimes, alors même que les « dégâts intérieurs » sont majeurs. Et la présence d'anticorps dans le sang n'est qu'un possible diagnostic puisqu'on n'est pas certain que la maladie implique cette expression : « De récentes études indiquent que les anticorps anti-transglutaminase sont détectés dans le sang chez seulement 40% des cœliaques ayant des dommages intestinaux légers. La MC séronégative est présente chez près de 20% des cœliaques, signifiant que les tests sérologiques peuvent être négatifs même si la biopsie est positive. »[6]
Illustrant la fugacité et la variété des symptômes, une étude iranienne, publiée le 17 juin 2009 dans le BMC Gastroenterology[7], rapporte que les aphtes peuvent être la seule manifestation de la MC. "Pour 5% des patients atteints de la maladie coeliaque, la stomatite aphteuse est la seule manifestation de la maladie", concluent le Dr Farhad Shahram et ses collègues, de l'Université des sciences médicales de Téhéran.
La consommation phénoménale du gluten dans nos sociétés occidentales a été mise en cause pour expliquer cette explosion de la sensibilité au gluten et de la maladie coeliaque. Le gluten se cache maintenant dans presque tous les aliments : soupes, glaces, sucreries, charcuteries, produits allégés, plats préparés, conserves, sauces, sans compter son rajout substantiel dans le pain et les pâtisseries... La dangerosité de cet ingrédient, que l'intestin de l'homme ne peut digérer en grande quantité[8], n'a pas été évaluée par les pouvoirs publics qui laissent toute liberté à la filière agro-industrielle. Au regard de notre environnement alimentaire, on comprend mieux le résultat de telles études : les chiffres de la prévalence de la MC sont sans cesse revus à la hausse...
Dans un article du Scientific Américan du mercredi 1er juillet 2009, le Dr Murray, qui a conduit l'étude citée, souligne que la plupart des personnes atteintes de la maladie ne sont pas diagnostiquées, et qu'il « est temps de rechercher la maladie cœliaque en testant la population générale, comme nous le faisons pour le cholestérol ou la tension artérielle. »[9]
Il alerte les pouvoirs publics en ces termes : « L'augmentation de la prévalence, associée à l'impact de la mortalité, indique que la maladie coeliaque pourrait être un problème de santé publique majeur. »
[1] Increased Prevalence and Mortality in Undiagnosed Celiac Disease, 13 April 2009,Alberto Rubio-Tapia, Robert A. Kyle, Edward L. Kaplan, Dwight R. Johnson, William Page, Frederick Erdtmann, Tricia L. Brantner, W. Ray Kim, Tara K. Phelps, Brian D. Lahr, Alan R. Zinsmeister, L. Joseph Melton, Joseph A. Murray. Gastroenterology doi:10.1053/j.gastro.2009.03.059.
[2] Pour les explications détaillées de ces tests, voir les articles « la maladie coeliaque » dans la partie « immunologie-maladies auto-immunes ».
[3] MC= maladie coeliaque.
[4] La synthèse des résultats de l'étude sont donnés par le Dr Murray lui-même dans ce petit film (en anglais) disponible sur Youtube ici. En accès libre pour l'instant, il est possible que cette vidéo disparaisse bientôt.
[5] Par exemple, dans cet article très intéressant (en anglais) du Dr Scot Lewey, autre spécialiste de la maladie coeliaque : «Doctors Frequently Fail to Diagnosis Celiac Disease and Gluten Sensitivity - Why? » (trad. : Les médecins passent à côté du diagnostic de la maladie coeliaque et de la sensibilité au gluten - Pourquoi ?) Ici.
[6] Sur le site canadien SOSgluten.ca très bien documenté. Ici .
[7] Gluten sensitivity enteropathy in patients with recurrent aphthous stomatitis, Ramin Shakeri , Farhad Zamani , Rasoul Sotoudehmanesh , Afsaneh Amiri , Mehdi Mohamadnejad , Fereydoun Davatchi , Ali Mohammadi Karakani , Reza Malekzadeh and Farhad Shahram, BMC Gastroenterology 2009, 9:44doi:10.1186/1471-230X-9-44. " Les patients atteints de l'entéropathie sensible au gluten ont 27 ans en moyenne et la durée moyenne de la maladie a été de 4,5 ans. Les sept patients atteints de la maladie coeliaque (sur 247 testés), n'avait pas répondu à un traitement médicamenteux conventionnel pour les aphtes, y compris aux corticostéroïdes topiques, à la tétracycline, et à la colchicine. Parmi les sept patients atteints de la maladie coeliaque, quatre ont commencé un régime strict sans gluten. Tous ont montré une amélioration significative dans les 2 à 6 mois. "
[8] Voir dans la rubrique « nutrition » : « Le gluten est-il toxique pour tout le monde ? » Ici .
Date de création : 03.07.2009Dernière modification : 07.10.2009
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