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Une étude maltaise identifie un autre gène que DQ2 ou DQ8 lié au déclenchement de la maladie cœliaque  

 

À Malte, il y a environ 600 patients qui souffrent de la maladie cœliaque. « Mais en réalité, il pourrait y en avoir 4000 », a déclaré le Dr Scerri, généticien. En effet, Malte compte 403000 habitants et l’on sait que le taux de 1/100 de cœliaques dans une population est aujourd’hui avéré par différentes études épidémiologiques (cf.«Une étude-americaine confirme l'augmentation spectaculaire de la maladie coeliaque», ici).

Le Dr Scerri a dirigé cette recherche[1], commencée il y a environ trois ans, qui concernait au départ 100 familles étendues. La découverte majeure que le gène CD59 contribuait à la maladie cœliaque a été faite après analyse de l'ADN d’une famille de 17 parents, dont six souffrent d'intolérance au gluten.

C’est le Conseil maltais des sciences et des technologies (MCST) qui a financé l’étude avec pour partenaires l'Université de Malte, le Département de la Santé et l'Association des cœliaques de Malte (CAM).

Remarquons que le coût global du projet est de 23000€, un financement raisonnable pour une telle recherche, dont on gagnerait à s’inspirer en France où les études récentes sur la maladie cœliaque manquent cruellement.

 « Nous avons d'abord testé un certain nombre de gènes qui sont connus pour être associés à la maladie cœliaque, et nos résultats montrent le contraire de ce que d'autres avaient trouvé», a révélé le Dr Scerri. Dans cette étude, les chercheurs ont identifié une variante du gène CD59 qui a été étroitement liée à la maladie.

Le Dr Scerri et ses collègues sont partis de précédentes études internationales déterminant que seules les personnes possédant un certain profil génétique, HLA-DQ2/DQ8, étaient prédisposées à la maladie cœliaque. [2]

Or, ce profil est  celui de plus d’un tiers de la population mondiale, et seule une partie de celle-ci souffre d'intolérance au gluten.

Je fais une parenthèse ici pour souligner l’augmentation croissante de la prévalence de la maladie cœliaque « infra-diagnostiquée »[3] et l’implication du gluten dans le déclenchement et l’aggravation de différentes maladies : il se peut aussi qu’on ait mal évalué les conséquences de l'ingestion de gluten sur la population mondiale qui en consomme…

Pour l’équipe du Dr Scerri, ce déséquilibre entre cœliaquie révélée et prédisposition génétique poussait à chercher les gènes associés à HLA-DQ2-DQ8 pour qu’il y ait déclenchement d’une maladie cœliaque.

« Nous savions que les HLA DQ2 et DQ8 prédisposaient à la condition cœliaque donc ceux qui ont ce gène ont une tendance plus élevée de développer la maladie cœliaque. La forme 3D des molécules DQ2/DQ8 est telle qu'une partie de la molécule de gluten correspond exactement à ce qui, à son tour, est présenté au système immunitaire. Une fois que cela se produit, la réaction du système immunitaire provoque la destruction des villosités et des microvillosités de l'intestin.

Nous savions également que le génotype DQ2/DQ8 est responsable d'environ 40 à 50 pour cent de la prédisposition génétique connue à la maladie cœliaque. Par conséquent, il devait y avoir d'autres gènes qui étaient à l'origine de la maladie. »

L’interrogation s’est concrétisée face à l’étude génétique d’une famille dont 6 membres étaient atteints de maladie cœliaque : « Si vous avez une grand-mère, une mère et un fils qui souffrent tous d'une maladie particulière, il faut se pencher sur la partie d'ADN commune à tous les trois », a expliqué Christian Scerri. Une fois cette partie de l'ADN identifiée, les chercheurs ont examiné l'ensemble des autres gènes dans cette section de l'ADN. «Nous avons constaté que tous les patients qui souffrent de la maladie cœliaque ont à la fois HLA-DQ2/DQ8 et une variante de CD59 » Autrement dit, les personnes qui ont les gènes DQ2 ou DQ8 et CD59 ont développé une maladie cœliaque, mais pas celles avec l'un ou l'autre.

 L'étude a donc montré que HLA-DQ2/DQ8 ou CD59 seuls étaient « insuffisants » pour avoir une maladie cœliaque ; c’est bien la combinaison des deux qui conduit à l'intolérance au gluten.

La variante du gène CD59 semble rare à Malte. Elle est en tout cas absente des 99 autres familles dont certains membres ont pourtant la maladie cœliaque. « Cela semble être la seule famille à Malte, qui dispose de ce gène », a dit le Dr Scerri, se référant à la famille citée.

 Malgré la rareté de ce gène dans la population maltaise, cette recherche a ouvert de nouvelles perspectives.

Pour le Dr Scerri, ces conclusions devraient accroître notre compréhension d’autres troubles chroniques, puisque presque tous ces troubles souvent héréditaires impliquent la génétique. Identifier les gènes responsables pourrait faciliter la prévention, en surveillant les individus à risques, tout autant que le diagnostic, en réduisant la nécessité d'effectuer des biopsies. Une prochaine étude sur le rôle de certains gènes dans le déclenchement de différentes maladies telles que la maladie cœliaque est prévue.          

 

 



[1]Lien vers l’article du 19 septembre 2009 du Times of Malta ici.

[2] Des détails concernant l’aspect génétiques de la maladie cœliaque dans ce pdf passionnant du Dr Scerri (sous forme de pps). Au sujet du séquençage de CD59, on y lit par exemple que deux séquences différentes ont en fait été identifiées…

[3] Voir notamment ceci : « Il faut une meilleure éducation des médecins aux différentes présentations et manifestations de la maladie cœliaque et une meilleure utilisation des tests de dépistage sanguins, largement disponibles, qui permettent de détecter la maladie. (…) Nous avons maintenant la preuve que la prise de conscience accrue et le diagnostic de la maladie cœliaque serait bénéfique non seulement pour les patients, mais aussi pour l’économie au niveau des coûts de soins de santé. », a déclaré le Dr Green (professeur de médecine clinique et Directeur du Celiac Disease Center à la Columbia University Medical Center) dans une étude publiée dans le Journal of Insurance Medicine par des membres du Centre Médical de l’Université de Columbia en 2008, étude qui démontrait les avantages sanitaires et économiques d’un dépistage de la maladie cœliaque aux Etats-Unis (Journal of Insurance Medicine, 2008; 40:218-228).  Pourquoi en irait-il différemment en France ?

Date de création : 28.10.2009
Dernière modification : 28.10.2009

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